À une cinquantaine de kilomètres au sud de Paksé, la route quitte la plaine du Mékong, traverse une forêt basse et débouche sur une étendue d’eau peu profonde qui ne ressemble à rien d’autre dans le Sud du Laos. C’est Kiet Ngong : un village, un marais, et au-dessus, sur une colline de grès, un ensemble de ruines que personne n’a encore expliqué. Le site est resté à l’écart des circuits, et c’est exactement ce qui en fait l’une des bonnes journées à faire depuis Champassak.
Ce guide explique ce qu’on vient voir à Kiet Ngong, ce qu’est réellement le Phou Asa, comment s’y rendre et à quelle saison le déplacement a le plus de sens.
Une plaine d’eau au pied de la forêt
La zone humide de Ban Kiet Ngong est considérée comme l’une des plus importantes d’Indochine pour les oiseaux d’eau. Vue de la berge, c’est une plaine basse, mi-eau mi-herbe, où les buffles travaillent et où la lumière du matin reste longtemps horizontale. Vue à la jumelle, c’est autre chose : des hérons, des jacanas, des échassiers qui passent, et en saison, des espèces que les ornithologues viennent chercher de loin.
Le marais borde l’aire protégée de Xe Pian, classée depuis 1993 et devenue parc national en 2021. Elle couvre environ 2 400 kilomètres carrés entre les provinces de Champassak et d’Attapeu, du plat pays jusqu’à des reliefs de plus de huit cents mètres, avec une très large dominante de forêt sempervirente. On y recense encore l’éléphant d’Asie, des gibbons, des ours, le pangolin de la Sonde — en danger critique —, et côté oiseaux l’ibis géant, la grue antigone et le canard à ailes blanches. Autant le dire franchement : vous ne verrez rien de tout cela en une matinée. Ce qui se voit, en revanche, c’est le milieu lui-même, et la façon dont un village vit au bord d’une forêt protégée.
Les tours du Phou Asa

Au-dessus du village, le Phou Asa est un affleurement de grès boisé, couronné d’un plateau rocheux nu. C’est là que se trouve l’objet de la montée : un rectangle d’environ cent huit colonnes de pierre, chacune coiffée d’une grande dalle plate, entourant une zone centrale qui tient lieu de sanctuaire. De loin, on dirait une palissade minérale ; de près, c’est un travail régulier, méthodique, et manifestement voulu.
Personne ne sait vraiment ce que c’est. Les datations avancées tournent autour des Xe et XIe siècles, et la tradition locale y voit la forteresse d’un roi d’Attapeu — mais rien n’est tranché, et le site n’a pas livré l’inscription qui réglerait la question. C’est précisément ce qui rend la visite agréable : il n’y a pas de bonne réponse à trouver, juste un lieu étrange, haut, venté, avec une vue dégagée sur le marais et la forêt.
La montée est courte mais réelle : un sentier qui grimpe dans le sous-bois, puis la dernière partie à découvert sur la roche. Chaussez-vous pour marcher, prenez de l’eau, et partez tôt — après dix heures, le plateau sommital n’offre aucune ombre.
Le village et ses éléphants
Kiet Ngong est connu dans tout le Sud comme un village de cornacs : on y a gardé et fait travailler des éléphants pendant des générations, d’abord pour le bois, ensuite pour les visiteurs. On croise encore des animaux au village, et des balades à leur dos y sont proposées.
Nous ne les recommandons pas. Le sujet fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus chez les vétérinaires et les organisations de conservation, et la montée du Phou Asa se fait très bien à pied. Cela n’enlève rien à l’intérêt du village : la relation entre Kiet Ngong et ses éléphants fait partie de son histoire, elle s’explique et se raconte, et les villageois organisent aussi des marches, de l’observation d’oiseaux et des nuitées en bungalow face au marais.
Y aller depuis Champassak
Kiet Ngong se trouve dans le district de Pathoumphone, à environ 55 kilomètres au sud de Paksé, sur la rive gauche. Depuis Champassak, il faut donc traverser le Mékong, puis redescendre vers le sud ; c’est une sortie à la demi-journée large, plutôt qu’une excursion du bout de la rue.
Le plus simple est de partir tôt, de faire la montée du Phou Asa dans la fraîcheur, de redescendre au marais quand la lumière devient dure, et de rentrer pour le déjeuner. Notre bureau de voyage organise le véhicule et le guide ; il est aussi possible de réserver sur place, auprès du bureau d’information touristique de Paksé ou directement auprès du village, qui gère son propre tourisme. La page transferts explique comment nous organisons les trajets dans la région.
Si vous avez une deuxième journée à placer, Kiet Ngong s’accorde bien avec une montée vers le plateau des Bolovens : même direction générale, deux milieux complètement différents, et deux façons de voir ce que la géographie fait au Sud du Laos.
Quand y aller
La saison change tout ici, plus qu’ailleurs. De novembre à février, l’air est sec et frais, les pistes sont fermes, la marche est facile et c’est aussi la période la plus favorable à l’observation des oiseaux. De mars à mai, la chaleur devient difficile sur le plateau sommital, qui n’a pas un arbre. De juin à octobre, le marais est plein, la forêt est au plus vert et le paysage est à son plus beau — mais les derniers kilomètres de piste peuvent être délicats et la montée glissante.
Dans tous les cas, c’est une sortie de matin. Notre guide quand venir dans le Sud du Laos donne le détail mois par mois, et notre sélection de que faire à Champassak permet de voir comment caler cette journée dans un séjour. La Résidence Bassac est sur la rive ouest, au bord du fleuve : vous partirez de l’eau et vous y reviendrez.
Photos du Phou Asa : Pierre André Leclercq, Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

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