Visiter les 4000 îles depuis Champassak, c’est descendre le Mékong jusqu’à l’endroit où le fleuve, à la frontière du Cambodge, s’étale en un archipel de sable, de palmiers à sucre et de rizières avant de se briser sur les chutes de Khone Phapheng. Les Lao l’appellent Si Phan Don, « quatre mille îles ». Le chiffre est une image, pas un recensement : en saison sèche, des milliers de bancs de sable émergent ; en saison des pluies, il n’en reste qu’une poignée de grandes îles habitées. C’est à une journée de Champassak, et c’est l’un des paysages les plus singuliers de tout le Mékong.

Ce qu’il y a à voir
Les chutes de Khone Phapheng. Ce n’est pas une chute verticale mais une succession de rapides qui barre le fleuve sur près de onze kilomètres de large, avec des ressauts d’une vingtaine de mètres. En volume, c’est la plus grande chute d’Asie du Sud-Est : en moyenne près de 11 000 m³ d’eau par seconde, et bien plus au cœur de la mousson. Le grondement s’entend avant de voir l’eau. Un belvédère aménagé sur la rive est permet d’en faire le tour à pied.

Don Khone et Don Det. Les deux îles sont reliées par un pont en béton hérité de l’époque française. Don Khone est la plus paisible : on y circule à vélo entre les maisons sur pilotis, les temples de village et les rizières. Au sud de l’île, les chutes de Tad Somphamit, que les habitants appellent aussi Li Phi, passent entre des rochers noirs. La légende locale en fait un piège à mauvais esprits ; on ne s’y baigne pas. Don Det, au nord, est plus animée, avec ses guesthouses en bord d’eau tournées vers le coucher du soleil.

L’ancien chemin de fer. C’est l’histoire la plus étonnante de l’archipel. Les explorateurs français ont tenté à trois reprises, en 1891, 1892 et 1893, de faire franchir les chutes à des bateaux à vapeur. Sans succès. Ils ont donc construit sur Don Khone, dès 1893, une voie ferrée étroite, prolongée sur Don Det dans les années 1910, sept kilomètres en tout : on démontait les embarcations en aval, on les transportait sur rails, on les remontait en amont. La ligne a fermé dans les années 1940. Il reste le viaduc de 170 mètres entre les deux îles, l’ancienne plateforme que l’on parcourt aujourd’hui à vélo, et, à Ban Khone, la locomotive Eloïse, construite en 1911, la seule locomotive à vapeur qui subsiste au Laos.

Don Khong. La plus grande île de l’archipel, en amont, est aussi la plus tranquille : une route qui en fait le tour, des villages de pêcheurs, des rizières à perte de vue. C’est l’étape des voyageurs qui veulent dormir dans les îles sans l’agitation de Don Det.
Et les dauphins ?
On lit encore partout que l’on peut observer les dauphins de l’Irrawaddy au sud de Don Khone. Ce n’est plus vrai. Le dernier individu de la population laotienne est mort en février 2022. Des excursions sont parfois proposées côté cambodgien, plus au sud, mais depuis les 4000 îles il n’y a plus de dauphins à voir. Nous préférons le dire clairement plutôt que de vous laisser payer une sortie en bateau pour rien.
Comment s’y rendre depuis Champassak
Les 4000 îles sont au sud de Champassak, sur le même fleuve, mais la route passe par la rive est. On traverse le Mékong, on rejoint la route nationale 13 et on descend plein sud jusqu’à Nakasang, l’embarcadère pour Don Det et Don Khone. Comptez environ deux heures et demie de route, puis un quart d’heure de bateau. Pour Don Khong, l’accès se fait un peu plus au nord, par le pont qui relie l’île à la rive. Le plus simple, depuis la Résidence, est une voiture privée avec chauffeur pour la journée : départ tôt le matin, Khone Phapheng en fin de matinée, Don Khone à vélo l’après-midi, retour pour le dîner sur la Sala. Nous organisons cette journée pour nos hôtes : voyez notre escapade aux 4000 îles.

Si vous avez une nuit de plus, dormez à Don Khone ou à Don Khong et continuez vers Paksé ou le Cambodge le lendemain. Le poste-frontière est à quelques kilomètres au sud de Nakasang.
Quand y aller
De novembre à avril, en saison sèche, le ciel est dégagé, le fleuve est bas et les bancs de sable donnent tout son sens au nom de l’archipel. C’est la période la plus agréable pour pédaler sur Don Khone. De mai à octobre, le Mékong est haut et les chutes de Khone Phapheng sont à leur maximum : moins d’îles, mais un spectacle d’eau beaucoup plus impressionnant. Les deux saisons valent le voyage ; elles ne montrent pas la même chose.

Nos conseils
- Partez tôt : la lumière du matin sur les chutes est la plus belle, et la chaleur monte vite après midi.
- Sur Don Khone, louez un vélo au débarcadère plutôt qu’un tuk-tuk : l’île se parcourt en deux heures et le chemin de fer se suit à plat.
- Prévoyez chapeau, eau et une protection solaire : il y a peu d’ombre sur les belvédères.
- Ne vous baignez pas près des chutes ni des rapides, le courant est trompeur même en saison sèche.
- Si vous aimez les cascades, le plateau des Bolovens est l’autre grande journée depuis Champassak, dans un tout autre décor.
Les 4000 îles se combinent naturellement avec le Vat Phou et le plateau des Bolovens dans un itinéraire de trois jours dans le Sud Laos, avec la Résidence Bassac comme point d’attache. Nos chambres donnent sur le jardin et le fleuve ; c’est le même Mékong qui, cent kilomètres plus bas, se jette dans les chutes.

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