Champassak à vélo, c’est la meilleure façon de comprendre ce coin du Sud du Laos. Tout ce qui compte ici tient sur une bande de terre d’une quinzaine de kilomètres, coincée entre le Mékong et la montagne Phou Khao. En une journée, sans forcer, on relie le plus vieux temple encore en activité du district, une cité royale vieille de quinze siècles, un sanctuaire khmer classé par l’UNESCO, et deux monuments posés au départ de la route qui menait autrefois jusqu’à Angkor.

Voici cet itinéraire, dans l’ordre, avec les distances.

En résumé

  • Distance : environ 35 à 40 km si vous faites tout, aller-retour compris.
  • Durée : une journée entière, avec une longue pause à l’ombre au milieu.
  • Difficulté : facile, le terrain est plat. La seule vraie difficulté, c’est la chaleur.
  • Revêtement : goudronné jusqu’au Vat Phou, sauf quelques ponts en planches de bois ; piste de latérite au-delà.

Première étape : Vat Muang Kang, à cinq kilomètres au sud

Sortez du village par la route qui longe le fleuve, vers le sud. Après environ cinq kilomètres, un portail sur la gauche ouvre sur Vat Muang Kang, le plus ancien temple encore en activité de Champassak.

Il date du XIXe siècle et il ne ressemble à rien d’autre au Laos. Le sim, la salle de prière, tient sur de hauts piliers sous une toiture en pente. Mais c’est la bibliothèque à manuscrits, le hor tai, qui arrête tout le monde : une tour où se superposent des influences lao, chinoises, vietnamiennes et coloniales françaises. Champassak était un carrefour commercial, et ce bâtiment le raconte mieux qu’un musée.

Une légende locale veut qu’un rayon de lumière traverse le fleuve, rebondisse sur un cristal enfermé dans la tour et aille se poser au sommet de la montagne sacrée, au-dessus du Vat Phou. On vous la racontera sur place.

C’est un temple vivant, pas un site archéologique : des moines y résident. Épaules et genoux couverts, chaussures retirées avant d’entrer dans le sim.

Deuxième étape : l’ancienne cité, entre le fleuve et la montagne

En remontant vers le nord puis en prenant la route de l’intérieur, vous traversez sans forcément vous en rendre compte l’un des éléments les plus remarquables du site classé : l’ancienne cité de Muang Kao, aussi appelée Vat Luang Kao.

Le paysage culturel de Champassak est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2001, et le classement ne porte pas seulement sur le temple. Il couvre un plan d’aménagement complet, long d’une dizaine de kilomètres, tracé entre le sommet de Phou Khao à l’ouest et la rive du Mékong à l’est. La montagne y figurait la demeure de Shiva ; le fleuve, le Gange. Entre les deux : deux villes planifiées, des temples, des sanctuaires et un réseau hydraulique, aménagés entre le Ve et le XVe siècle.

Aujourd’hui, il faut chercher. Des levées de terre, des douves comblées, des alignements dans les rizières. C’est le genre d’endroit qui ne se voit pas depuis une voiture et qui se laisse deviner à vélo, en roulant lentement.

Troisième étape : le Vat Phou

Comptez une dizaine à une quinzaine de kilomètres entre le village et le sanctuaire selon l’endroit du bourg d’où vous partez, soit une trentaine de minutes de vélo tranquille. La route est bonne. Deux ou trois ponts en planches se traversent à pied, vélo à la main.

Le Vat Phou mérite qu’on lui consacre au minimum deux heures. Le site monte par paliers depuis les barays, les bassins rituels, jusqu’au sanctuaire adossé à la falaise. Plus on grimpe, plus l’escalier se resserre et plus la vue s’ouvre sur la plaine.

Arrivez tôt. La pierre chauffe vite, les escaliers sont raides et irréguliers, et la lumière du matin est de loin la meilleure pour photographier les frontons sculptés.

Quatrième étape : Hong Nang Sida et le départ de la route d’Angkor

C’est l’étape que presque personne ne fait, et c’est la plus belle récompense de la journée.

À deux kilomètres et demi au sud du Vat Phou, au bout d’une piste de latérite, se dresse Hong Nang Sida, un sanctuaire khmer du début du XIIe siècle. Il porte le nom d’une princesse qui, dit la tradition, donna sa vie pour sauver son père ; le roi lui fit élever ce temple.

Ce qui rend l’endroit important dépasse le bâtiment. Hong Nang Sida marque le point de départ d’une chaussée khmère surélevée qui filait vers le sud : elle passait par Ban That et ses trois chapelles, une trentaine de kilomètres plus loin, et rejoignait Angkor. Vous êtes au kilomètre zéro d’une route impériale.

Le temple fait l’objet d’un chantier de restauration mené avec l’aide de la Corée du Sud depuis 2013. Le sanctuaire central a été largement remonté ; les travaux se poursuivent sur d’autres bâtiments. L’état du site évolue donc d’une saison à l’autre.

Le chantier de restauration de Hong Nang Sida, blocs de grès alignés au sol, Champassak, Sud du Laos
Hong Nang Sida : le chantier de restauration, et les blocs de grès alignés au sol en attente de remontage.

Cinquième étape : Thao Tao, l’hôpital de Jayavarman VII

Un peu plus loin sur la même piste, toujours au bord de la route ancienne, Thao Tao est le monument le moins visité et l’un des plus parlants.

C’est un arogyasala : une chapelle d’hôpital. À la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, le roi bouddhiste Jayavarman VII en fit édifier tout le long des routes de son empire, chacune adossée à un établissement de soins. Le sanctuaire, en grès, ouvre par un porche à l’est ; un mur de latérite l’entoure, percé d’un gopura oriental. La tour principale a perdu sa partie haute mais tient debout, comme le gopura et l’essentiel de l’enceinte.

Ruines de Thao Tao et son mur d'enceinte en latérite, Champassak, Sud du Laos
Thao Tao : le mur d’enceinte en latérite, encore debout sur presque tout son tracé.

Cinq chapelles d’hôpital de ce type ont été identifiées sur la centaine de kilomètres qui sépare le Vat Phou de la frontière lao-cambodgienne. Thao Tao est la plus septentrionale, et probablement la mieux conservée. Le style est celui du Bayon, la dédicace bouddhique, à Lokeshvara : on est ici à la charnière entre le monde hindou du Vat Phou et le bouddhisme de Jayavarman VII, à quelques kilomètres et trois siècles d’écart.

Et sur l’autre rive ?

Deux sites majeurs ne sont pas sur la rive ouest et ne se font donc pas à vélo depuis Champassak : Vat Tomo, sanctuaire préangkorien enfoui dans la forêt de la rive est, et l’île de l’ancienne prison. Les deux se rejoignent en pirogue depuis le village. C’est une autre journée, et une autre ambiance : voir nos activités.

Quand rouler

La saison sèche, de novembre à avril, offre le ciel le plus dégagé et les pistes les plus praticables. C’est aussi la haute saison, et le moment de la fête de Boun Vat Phou, en février.

La saison des pluies, de mai à octobre, transforme le paysage : rizières vert vif, Mékong haut et large, lumière d’orage. Les averses sont fortes mais courtes, souvent en fin d’après-midi. Rouler le matin règle le problème. En revanche la piste de latérite se creuse de flaques : un VTT est nettement plus confortable qu’un vélo de ville.

Dans les deux cas, partez tôt. Entre 11 h et 15 h, la plaine de Champassak est une fournaise sans ombre.

En pratique

DépartLe village de Champassak, rive ouest
Distance~35 à 40 km au total, aller-retour compris
DéniveléNul, sauf les escaliers du Vat Phou, qui se montent à pied
RevêtementGoudron jusqu’au Vat Phou (quelques ponts en planches), piste de latérite vers Hong Nang Sida et Thao Tao
Meilleur momentDépart au lever du jour, retour avant la chaleur de midi
À emporterDeux litres d’eau par personne, chapeau, crème solaire, épaules et genoux couverts pour les temples
VélosOn en loue au village ; la réception de la Résidence organise aussi la sortie accompagnée
EntréesLe Vat Phou est payant et a des horaires ; Hong Nang Sida et Thao Tao sont en accès libre. À vérifier avant de partir.

Où dormir pour partir tôt. La Residence Bassac est dans le village même, sur la rive ouest, à quelques minutes de pédalage du départ de l’itinéraire. Nos 14 chambres donnent sur le jardin ou sur le fleuve, et le petit-déjeuner se prend sur la Sala, face au Mékong : de quoi partir avant la chaleur. Voir aussi visiter Champassak et comment venir.